Profitant de vacances dans cette magnifique région des Pyrénées Orientales, j'ai examiné de plus près la partition de la troisième pièce qui clôt le premier Livre du Catalogue d'Oiseaux : Le Merle Bleu, afin d'y trouver suffisamment d'indications pour me rendre sur place et contempler "les mêmes choses" qu'Olivier Messiaen, avec une émotion semblable à la sienne lorsqu'il nous parle des oiseaux qu'il découvrit en Palestine, [ceux] que le Christ a certainement entendu au désert (N.B. : après vérification, cette remarque provient d'un commentaire sur le Livre du Saint Sacrement, et indirectement donc de son auteur, car il est fort probable que celui-ci se soit livré à la même réflexion). Selon son habitude, le compositeur a rédigé en préface un petit texte dont je recommande une fois encore vivement la lecture.
Au mois de juin. Le Roussillon, la Côte Vermeille. Près de Banyuls : cap l'Abeille, cap Rederis. Surplomb des falaises, au dessus de la mer bleu de prusse et bleu saphir. Cris des Martinets Noirs, clapotis de l'eau. Les caps s'allongent dans la mer comme des crocodiles. Dans une anfractuosité de rocher qui fait écho, le Merle Bleu chante. Il est d'un autre bleu que la mer : bleu violacé, ardoisé, satiné, bleu noir. Presque exotique, rappelant les musiques Balinaises, son chant se mêle au bruit des vagues. On entend aussi le Cochevis de Thékla qui papillonne dans le ciel au dessus des vignobles et du romarin. Les Goélands Argentés hurlent au loin sur la mer. Les falaises sont terribles. L'eau vient mourir à leur pied dans le souvenir du Merle Bleu.
Le paysage n'a probablement pas changé depuis les années cinquante, 1956-1957 plus exactement, années au cours desquelles Olivier Messiaen séjourna à Banyuls et à Perpignan, et étudia la faune aviaire locale, aidé par l'ornithologue Henri Lomont. Il se dit "absolument enthousiasmé par cette région extraordinaire qui combine le bleu de la mer, le surplomb des falaises, les vignobles en terrasses, les forêts de chênes-lièges et même les neiges éternelles", celles du Canigou (citation d'Harry Halbreich). On trouve d'ailleurs une singulière plaque commémorative de cet évènement (lien vers l'image), information qui m'a été révélée grâce au blog d'Albert Callis, médecin retraité à Banyuls et passionné par l'histoire des lieux de son enfance. Singulière parce que discrètement située au pied d'un platane, cachée par un abondant buisson de plumbago, mais surtout curieuse pour l'inexactitude amusante de son texte ! On sait, en effet, que Le Réveil des Oiseaux a été inspiré par l'univers sonore d'une forêt d'Ile-de-France, et que ce sont plutôt les trois pièces Le Merle Bleu [de Banyuls, sic], Le Traquet Stapazin et Le Traquet Rieur qui auraient dues être mentionnées...
Le paysage n'a probablement pas changé depuis les années cinquante, 1956-1957 plus exactement, années au cours desquelles Olivier Messiaen séjourna à Banyuls et à Perpignan, et étudia la faune aviaire locale, aidé par l'ornithologue Henri Lomont. Il se dit "absolument enthousiasmé par cette région extraordinaire qui combine le bleu de la mer, le surplomb des falaises, les vignobles en terrasses, les forêts de chênes-lièges et même les neiges éternelles", celles du Canigou (citation d'Harry Halbreich). On trouve d'ailleurs une singulière plaque commémorative de cet évènement (lien vers l'image), information qui m'a été révélée grâce au blog d'Albert Callis, médecin retraité à Banyuls et passionné par l'histoire des lieux de son enfance. Singulière parce que discrètement située au pied d'un platane, cachée par un abondant buisson de plumbago, mais surtout curieuse pour l'inexactitude amusante de son texte ! On sait, en effet, que Le Réveil des Oiseaux a été inspiré par l'univers sonore d'une forêt d'Ile-de-France, et que ce sont plutôt les trois pièces Le Merle Bleu [de Banyuls, sic], Le Traquet Stapazin et Le Traquet Rieur qui auraient dues être mentionnées...
CC.







5 commentaires:
Nous avons à Banyuls-sur-Mer des merles bleus tendant vers le noir. Leur comportement me surprend. Ils disparaissent quand il fait beau et reviennent dès que le froid s'installe sur la France. Je pourrai vous en envoyer une photographie quand ils seront là si vous le souhaitez. Ils émettent un sifflement unique qui oblige à l'écoute.
Plutôt merveilleux votre blog. Je le pense en toute sincérité.
Passionnée moi aussi de Messiaen je vous signale deux curiosités glanées sur le Net.
La première, un parallèle entre un peintre Fernando Gualtieri, un musicien Olivier Messiaen, et un poète Louis Latourre. Il concerne la synesthésie les chants d'oiseaux et les glacis :
http://theatreartproject.com/soncouleur.html
La deuxième, elle se trouve au milieu d'une vidéo trouvée en suivant les liens, une mise en scène de "Narcisse" de Paul Valéry signée par le même poète :
http://www.youtube.com/watch?v=irIR8SNbMQg
A 1'20 surprise ! lorsque la scène est plongée dans le noir on entend une musique qui ressemble beaucoup à un chant d'oiseau joué à l'orgue. J'ai réécouté "Le Livre d'orgue (IV)" mais je n'ai rien trouvé. Je ne suis pas certaine que Messiaen ait écrit cette courte pièce.
Je m'excuse de vous répondre un peu tardivement, j'étais en vacances... justement au pays des merles bleus ! Je vous remercie pour le compliment que vous faites au sujet de ce blog dont je n'ai hélas pas beaucoup le temps de m'occuper. Les liens que vous donnez sont intéressants. Je me suis beaucoup intéressé à la synesthésie, à l'époque où je découvrais à la fois Olivier Messiaen et Alexandre Scriabine. Il faudra que j'écrive un sujet là-dessus. En revanche, je ne suis pas sûr que le court extrait du second lien soit tiré d'une œuvre de Messiaen (je viens de poser la question sur le forum Autour de la musique classique).
Re-Bonjour Corvus Corax
Je reviens après quatre mois et avec deux vidéos récentes sur les mêmes synesthètes ! La première réunit le Traquet stapazin et Fernando Gualtieri, la deuxième montre des oiseaux des Sept Haïkaï joués par... l'interprète de Narcisse (dont le... "Gobe-mouche Narcisse") !
http://www.youtube.com/watch?v=7ebzuBnMGvk
http://www.youtube.com/watch?v=_JhjC3UCpVk
Probablement a-t-il écrit lui-même sa musique de scène ?
Vous, en tout cas, nous devez un sujet "synesthésie" ainsi que vous le promettez dans votre réponse, dont je vous remercie.
Je vous remercie pour ces nouveaux liens. Je ne connaissais pas Fernando Gualtieri, j'aime beaucoup et je vais me renseigner à son sujet. Les Sept Haïkaï ! Encore une pièce un peu méconnue d'Olivier Messiaen, et pourtant, quel chef-d’œuvre et quel hommage au Japon et à sa culture.
Pour le sujet sur la synesthésie, ne vous inquiétez pas, je vais bien finir par le rédiger, d'autant plus que je me suis trouvé une nouvelle passion (enfin, pas si nouvelle que cela, ça m'a toujours passionné) : la création de parfums à partir de matières naturelles et synthétiques ! J'ai remarqué qu'il y avait de nombreux points communs entre la musique, le monde des sons, et le parfum, celui des odeurs, avec des phénomènes physiques souvent très proches, vus sous l'angle de la perception synesthésique... À suivre, donc.
PS : sur Youtube, quel est votre pseudonyme ?
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