mardi 26 mai 2009

Moi et Messiaen...


Lorsque j’étais adolescent, j’étais déjà le plus grand poète français. Mais j’avais décidé que je serais aussi le plus grand compositeur. J’avais donc écrit à mes aînés, pour le leur annoncer et leur demander ce qu’il fallait faire. Or, incroyable mais vrai, il y en eut un pour me répondre : Olivier Messiaen. Et c’était une lettre très sympathique et personnelle. Mes parents étaient stupéfaits. Moi je trouvais seulement cela normal. A partir de ce moment, je pris Olivier Messiaen pour confident. Je lui écrivais souvent, et il me répondait de temps en temps. C’est moi qui fus stupéfié par sa dernière lettre. Il est vrai que j’avais grandi. Il m’écrivait au lendemain de la création de La Transfiguration à Lisbonne, pour me raconter, à moi, comment tout s’était très bien passé et comme il en était très content...

Ensuite, je fus étudiant à Paris, et je l’ai salué lors de concerts où l’on jouait ses œuvres. Il ne fut pas surpris de me voir, c’était comme s’il rencontrait un ami de longue date.

Puis je suis parti loin de Paris. Et j’y suis revenu dans les années 80. Je me rappellerai toujours ce soir du 28 mars 1989, à Notre-Dame de Paris. Ce soir-là étaient jouées des œuvres de Messiaen, à l’occasion du Prix International Paul VI qui lui était remis par l’intermédiaire du Cardinal Lustiger. A l’issue du concert, je vais à la sacristie, et je trouve Messiaen à l’entrée, qui parcourt toute la vaste pièce en criant "Yvonne ! Yvonne ! Hervé […] est là !". Inutile de dire que j’aurais aimé rentrer sous terre, face à ces innombrables personnalités qui me regardaient en se demandant quel personnage important je pouvais bien être…

Voilà. C’était Messiaen.

La dernière lettre que j’ai reçue n’était pas de lui, mais d’"Yvonne Messiaen", le 28 mai 1992. Yvonne Loriod me remerciait pour mes articles (mon Dieu, mes pauvres articles…), me donnait de tristes détails sur l’agonie physique de son mari, et, concluant qu’il est désormais dans la Paix de Dieu, elle ajoutait : "Toute sa vie, il a chanté ses mystères avec tant d’amour et de génie, que maintenant on peut l’imaginer sur le cœur de Dieu, recevant la Joie à la source même".

Deo gratias.

Alauda Arvensis

1 commentaires:

Corvus Corax a dit…

Un témoignage de la simplicité - dans le sens le plus positif du terme - qui habitait Olivier Messiaen. On la ressent, notamment, dans l'entrevue avec Claude Samuel. Cette simplicité allait de paire avec une grande humilité et une noble générosité, qualités qui honoraient cet homme, quand on songe à la prétention de certains pseudo-artistes de l'époque dissimulant leur absence de talent derrière les discours abscons de l'art conceptuel.

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