dimanche 19 septembre 2010

À la recherche du merle bleu, ou une merveilleuse promenade sur les pas d'Olivier Messiaen.

Profitant de vacances dans cette magnifique région des Pyrénées Orientales, j'ai examiné de plus près la partition de la troisième pièce qui clôt le premier Livre du Catalogue d'Oiseaux : Le Merle Bleu, afin d'y trouver suffisamment d'indications pour me rendre sur place et contempler "les mêmes choses" qu'Olivier Messiaen, avec une émotion semblable à la sienne lorsqu'il nous parle des oiseaux qu'il découvrit en Palestine, [ceux] que le Christ a certainement entendu au désert (N.B. : après vérification, cette remarque provient d'un commentaire sur le Livre du Saint Sacrement, et indirectement donc de son auteur, car il est fort probable que celui-ci se soit livré à la même réflexion). Selon son habitude, le compositeur a rédigé en préface un petit texte dont je recommande une fois encore vivement la lecture.

Au mois de juin. Le Roussillon, la Côte Vermeille. Près de Banyuls : cap l'Abeille, cap Rederis. Surplomb des falaises, au dessus de la mer bleu de prusse et bleu saphir. Cris des Martinets Noirs, clapotis de l'eau. Les caps s'allongent dans la mer comme des crocodiles. Dans une anfractuosité de rocher qui fait écho, le Merle Bleu chante. Il est d'un autre bleu que la mer : bleu violacé, ardoisé, satiné, bleu noir. Presque exotique, rappelant les musiques Balinaises, son chant se mêle au bruit des vagues. On entend aussi le Cochevis de Thékla qui papillonne dans le ciel au dessus des vignobles et du romarin. Les Goélands Argentés hurlent au loin sur la mer. Les falaises sont terribles. L'eau vient mourir à leur pied dans le souvenir du Merle Bleu.



Le paysage n'a probablement pas changé depuis les années cinquante, 1956-1957 plus exactement, années au cours desquelles Olivier Messiaen séjourna à Banyuls et à Perpignan, et étudia la faune aviaire locale, aidé par l'ornithologue Henri Lomont. Il se dit "absolument enthousiasmé par cette région extraordinaire qui combine le bleu de la mer, le surplomb des falaises, les vignobles en terrasses, les forêts de chênes-lièges et même les neiges éternelles", celles du Canigou (citation d'Harry Halbreich). On trouve d'ailleurs une singulière plaque commémorative de cet évènement (lien vers l'image), information qui m'a été révélée grâce au blog d'Albert Callis, médecin retraité à Banyuls et passionné par l'histoire des lieux de son enfance. Singulière parce que discrètement située au pied d'un platane, cachée par un abondant buisson de plumbago, mais surtout curieuse pour l'inexactitude amusante de son texte ! On sait, en effet, que Le Réveil des Oiseaux a été inspiré par l'univers sonore d'une forêt d'Ile-de-France, et que ce sont plutôt les trois pièces Le Merle Bleu [de Banyuls, sic], Le Traquet Stapazin et Le Traquet Rieur qui auraient dues être mentionnées...

CC.

jeudi 26 août 2010

L'attachement d'Olivier Messiaen à la liturgie traditionnelle.

A propos des transformations liturgiques qui ont suivi, dans le plus grand désordre, le Concile de Vatican II et qui sévissent encore, hélas, Olivier Messiaen disait, il y a un peu plus d'un an [en 1991] : "Très franchement, je pense qu’il n’y a qu’une seule musique liturgique valable : le plain-chant. On n’a jamais fait mieux et on ne fera jamais mieux ! D’une part, parce que c’est une musique monodique, composée à une époque où l’on ne connaissait pas l’embarras de l’harmonie et des accords. La seconde raison, qui me remplit d’admiration : le plain-chant n’a pas d’auteur, il a été écrit par des moines anonymes. Cela paraît extraordinaire ! Je n’imagine pas un compositeur du XXe siècle se refusant à signer son œuvre".

Pour ma part, j’ai le souvenir personnel d'un Messiaen préoccupé par la liturgie. Peu après la mise en place désordonnée des reformes liturgiques de Vatican II, une Commission de Musique Sacrée fut créée à Paris par l'Archevêché sous la présidence de Mgr Delarue, alors archidiacre du diocèse. Je fus convié à en faire partie avec Gaston Litaize, le Chanoine Revert, le Père Martin et d'autres personnalités. C’est ainsi que je me suis trouvé aux côtés de Messiaen convié également. Ce dernier, comme nous tous, devait bien vite abandonner cette Commission, aucun compte n'étant tenu de nos suggestions, de nos protestations... ni des textes officiels de la Constitution sur la Liturgie que nous tentions de rappeler. La Commission devait donc mourir rapidement faute de combattants !

N'oublions pas non plus qu'Olivier Messiaen faisait partie du Comité d’honneur de l'Association Una Voce pour défendre et sauvegarder la place du chant grégorien !

mardi 8 juin 2010

Le Courlis Cendré, une marine du Catalogue d'Oiseaux d'Olivier Messiaen.

L'Ile d'Ouessant (Enez Eusa) [en breton dans le texte], dans le Finistère. À la pointe de Pern, on peut voir un grand oiseau, au plumage rayé, tacheté de roux jaunâtre, de gris et de brun, haut sur pattes, pourvu d'un très long bec recourbé en forme de faucille ou de yatagan : le Courlis Cendré [Numenius Arquata] ! Ainsi commence le prologue à cette pièce admirable qu'Harry Halbreich qualifie comme insurpassable en envoûtante puissance d'atmosphère et la plus émouvante de toutes (cliquez sur l'image pour visionner l'animation).

Voici son solo : trémolos lents et tristes, montées chromatiques, trilles sauvages, et un appel en glissando tragiquement répété qui exprime toute la désolation des paysages marins. À la pointe de Feunteun-Velen, hachés par le bruit des vagues [ici également en fond sonore], tous les cris des oiseaux de rivage : appel cruel de la Mouette Rieuse [Larus Ridibundus], rythmes cuivrés (à sonorités de cor) du Goéland Argenté [Larus Argentatus], mélodie flûtée du Chevalier Gambette [Tringa Totanus], notes répétées du Tournepierre à Collier [Arenaria Interpres], sifflements stridents, roulements aigus de l'Huitrier Pie [Haematopus Ostralegus] - et d'autres cris encore : ceux du Petit Gravelot [Charadrius Dubius], du Goéland Cendré [Larus Canus], du Guillemot de Troïl [Uria Aalge], de la Sterne Naine [Sterna Albifrons] et de la Sterne Caugek [Sterna Sandvicensis].

La plupart de ces chants d'oiseaux appartiennent à la catégorie des cris, souvent très ouvragés, et surprenants comme rythme et comme timbre (Olivier Messiaen). Le commentaire poétique se poursuit avec une peinture du grand interlude aquatique et de la tombée de la nuit.

L'eau s'étend, à perte de vue. Peu à peu, le brouillard et la nuit se répandent sur la mer. Tout est noir et terrible. Au milieu de ses rochers déchiquetés, le Phare du Créac'h fait entendre un mugissement puissant et lugubre : c'est la sirène d'alarme ! Encore quelques cris d'oiseaux, et la plainte du Courlis Cendré qui se répète et s'éloigne... Froid, nuit totale, bruit du ressac...

Du point de vue allégorique et chrétien, la mer est ici le domaine de la peur, des errances sans fin, les oiseaux représentant les âmes chagrines confrontées aux écueils de ce monde difficile et instable...

Cette animation a été entièrement réalisée par l'auteur de ce blog. Les différentes séquences furent choisies parmi les plus représentatives de la partition, retranscrites dans un éditeur MIDI, et jouées par un piano de concert virtuel. Les figures sont tirées des livres du célèbre ornithologue John Gould illustrés par son épouse.

CC.

vendredi 16 avril 2010

Un double anniversaire pour Sa Sainteté le Pape Benoît XVI.

Sa Sainteté le Pape Benoît XVINous souhaitons un bon anniversaire au Très Saint Père qui fête aujourd'hui, le 16 avril 2010, ses quatre-vingt-trois ans, et dont on célèbrera la cinquième année de pontificat le 19 avril 2010.

Longue vie à ce grand Pape que l'Église nous a donné !

Que le Seigneur répande sur lui ses bénédictions et le protège.



Note : suite aux violentes attaques dirigées contre le Successeur de Saint Pierre et à la machiavélique campagne de désinformation orchestrée par certains médias, nous invitons le lecteur, si il ne l'a pas déjà fait, à se ré-informer auprès des sites qui font honnêtement le point sur les différents évènements afin de rétablir la vérité.

CC.

dimanche 28 mars 2010

L'allocution du Cardinal Jean-Marie Lustiger lors de la remise du prix Paul VI à Olivier Messiaen.

Maître,

En vous décernant son grand prix, l'Institut Paul VI rend hommage à votre œuvre. Elle a ce mérite de toucher une âme religieuse d'aujourd'hui avec peut-être plus de force encore que les œuvres du passé : précisément parce qu'elle est à la fois religieuse et d'aujourd'hui. Plus que religieuse, chrétienne.

Ce faisant, elle touche tout homme, chrétien ou non. Comment comprendre ce paradoxe ? Paul VI avait clairement formulé le fondement dans la foi de cette intime corrélation de l'humanisme et du christianisme : "Est-ce la tâche de l'Église de travailler à l'extension de la culture ? À cette question, continue le Pape, on ne peut répondre qu'affirmative­ment. Il y a là une sorte d'œcuménisme de la culture et l'Église en a ouvert les portes toutes grandes... Tout ce qui est humain, tout ce que l'homme divulgue, imprime et diffuse, l'Église l'accueille. Cela témoigne combien elle est mère, combien son âme est universelle. Rien ne lui semble étranger, rien ne peut lui être indifférent, ses yeux sont ouverts sur tous les phénomènes humains... Que tout se transforme en hymne, en louange de Dieu - même si cette louange est d'abord confuse et inconsciente - , en reconnaissance au Verbe qui fait pleuvoir sur les choses humaines son intelligence et sa cognoscibilité".

Et, en 1967, dans Populorum Progressio (§ 42), reprenant l'expression de Maritain d'un "humanisme plénier qu'il faut promouvoir", Paul VI écrivait : "Qu'est-ce à dire sinon le développement intégral de tout l'homme et de tous les hommes ? Un humanisme clos, fermé aux valeurs de l'esprit et à Dieu qui en est la source, pourrait apparemment triompher. Certes, l'homme peut organiser la terre sans Dieu, mais" - et le pape Paul VI cite ici le Père de Lubac - "sans Dieu, il ne peut en fin de compte que l'organiser contre l'homme. L'humanisme exclusif est un humanisme inhumain". Il n'est donc d'huma­nisme vrai qu'ouvert à l'Absolu, dans la reconnaissance d'une vocation, qui donne l'idée vraie de la vie humaine. Loin d'être la norme dernière des valeurs, l'homme ne se réalise lui-même qu'en se dépassant. Selon le mot si juste de Pascal : "L'homme passe infiniment l'homme".

A mon tour, je dois remercier l'Institut Paul VI de vous avoir conféré ce prix international. Jamais, en effet, je n'avais imaginé qu'il me serait accordé de vous dire, en cette cathé­drale Notre-Dame de Paris, ma fervente admiration et ma reconnaissante amitié. Que ces derniers mots ne vous surprennent pas.

Dans cette assistance, ce soir, sont présents quelques-uns des musiciens - vos cadets - avec qui j'ai souvent discuté et "célébré"; c'est le mot qu'il faut employer puisque c'est la liturgie qui nous réunissait, eux à leur tribune d'orgues et moi à l'autel. Ils savent quelle joie et quelle communion spirituelle nous étaient données lorsque l'une de vos œuvres retentissait dans la célébration liturgique.

Pourquoi une œuvre musicale comme la vôtre, Maître, aussi originale et novatrice, savante et, pour certains, provocante, est-elle accueillie et aimée d'un si grand nombre de nos contemporains ?

On se figure assez naïvement, du moins dans la jeunesse, que l'expérience esthétique est essentiellement la projection de la subjectivité poussée à son plus haut point, et, finalement, le refus de toute autre contrainte que celle d'obéir au jaillissement obscur du cœur de l'homme.

Depuis au moins un siècle, ce subjectivisme que le romantisme pensait inspiré, a fait porter tout son effort contre l'académisme. Je nomme ainsi les contraintes d'un apprentissage répétitif des formes et des règles dont les fruits, souvent élégants et raffinés, offrent au public la sécurité et la joliesse du déjà connu, au lieu de la grandeur toujours déconcertante du Beau et de son inépuisable nouveauté.

Or, ne faisiez-vous pas remarquer que cette œuvre des années 30 que nous venons d'entendre paraissait peut-être aujourd'hui classique ? Et, nous le savons bien, tout au long de ces années de création où vous avez accumulé des œuvres si singulières et novatrices, votre musique, bien que sonnant moderne et déconcertante pour l'académisme de certains est apparue, dès le départ, comme entrant dans le classicisme. Qu'est-ce à dire ?

D'abord, contrairement à ce qu'imagine l'illusion subjective, l'art véritable sait se donner des règles et y obéir. Car l'art est une langue; même lorsque - comme souvent aujourd'hui - chacun doit se créer son vocabulaire et sa grammaire. La vraie question esthétique de notre temps, après les ruptures opérées depuis plus d'un siècle, est d'éprouver si la langue que se crée chaque artiste, n'est qu'un cri solitaire, si elle ne fait qu'expri­mer la déconcertante énigme de chacun, enfermé en lui-même, ou bien si elle permet le langage entre les humains, si adaptée, elle est entendue par le peuple qu'elle entraîne au-delà de lui-même. Cette épreuve fait comprendre comment le créateur, dans le domaine esthétique, rejoint l'expérience du prophète - le vrai et le faux - et la reconnaissance sociale de l'art a pour paradigme le miracle des langues de la Pentecôte.

L'écriture musicale exige un travail d'élaboration que certains imaginent vainement inutile et contraire à l'inspiration spontanée et irrépressible. En réalité, le compositeur, comme tout créateur, doit se consacrer à un travail savant, pénible, réfléchi - ô combien ! - qui articule l'indicible pour en faire un discours dont la cohérence est à rechercher non dans sa seule rigueur, mais aussi dans sa beauté et son intuition.

Ensuite, qui dit classicisme dit rapport au réel. Non plus seulement lorsque l'artiste dans son jeu narcissique ne fait que se dire et se contempler soi-même au miroir de son apparence. Mais surtout lorsque l'homme en quête du vrai reçoit le réel et sa diversité comme un autre langage. Le croyant, lui, y reconnaît Celui qui parle dans la création, Dieu qui est son auteur. Alors, les balbutiements de l'artiste ne sont qu'une obéissance au langage de Dieu qui se dit dans sa création, même s'il lui faut l'accueillir en recueillant précieusement les chants d'oiseaux ! Ce rapport au réel rend l'artiste le plus novateur, et apparemment le plus iconoclaste, infiniment respectueux des cultures surgies des cœurs et des mains des hommes. Dès lors, il n'y a plus d'exotisme dans la symphonie des cultures humaines. Les débris des cultures passées, les apports des cultures lointaines sont comme revivifiés par celui qui sait y entendre le Créateur de l'homme chanter par la bouche de l'homme, sa créature.

Enfin, dans la culture contemporaine, dans l'expérience esthétique de notre pays, le vrai danger qui menace les créateurs est d'être coupés du peuple. De s'adonner à un art de "chapelle", un art d'esthète, un art sans public, sinon de mode et d'humeur.

Or, vous êtes un musicien d'église. Et vous êtes parmi les seuls musiciens contemporains dont l'œuvre, au gré des organistes et des assemblées, est, de dimanche en dimanche, jouée, donnée, livrée à l'oreille et au cœur de foules non triées de croyants. Et cette œuvre contemporaine - ô combien ! - fût-elle parfois surprenante pour certains - est accueillie, acceptée, aimée, reconnue. L'art d'église a cette chance inouïe, qui n'existe en aucun autre domaine de l'art contemporain, de ne pas dépendre des publics choisis par les cooptations fugitives des modes ou des snobismes, des commandes ou de l'argent, mais d'être au service d'un peuple que réunit l'acte du culte, la forme la plus fonda­mentale et la plus désintéressée de la culture. L'œuvre musicale y est un langage; et l'artiste est appelé à accomplir une fonction médiatrice face à l'invisible réalité de Dieu. Il se fait entendre à un peuple à l'écoute de cette Parole divine qui lui est adressée dans chaque célébration.

Dès lors, ne nous étonnons pas si l'artiste doit dans son œuvre de création pratiquer toutes les disciplines spirituelles qui sont celles de l'expérience chrétienne à propre­ment parler. Platon notait déjà à propos de la musique qu'il y a des bons et des mauvais génies; et que, quoi qu'il en soit de la soumission aux règles et du talent déployé, l'inspiration intérieure compte et qualifie d'une certaine façon l'œuvre. Et l'œuvre juge l'auteur. J'aurais vivement désiré pouvoir ici recueillir votre sentiment au sujet du jugement de Socrate que Platon nous rapporte dans La République. Y a-t-il ainsi des "harmonies" bénéfiques ou maléfiques ? Plus précisément en accord avec la dignité morale et spirituelle de l'homme, ou bien qui lui seraient contraires ? Laissons de côté cette identification objective entre la manifestation du Beau et l'expression du Bien.

Nous pouvons dire, en tout cas, qu'il existe une intime connexion, nécessaire mais non suffisante, entre la recherche de Dieu et l'expression du Beau. Je dis bien : non suffisante, sans doute. Car hélas ! Dans notre monde cassé entre la recherche de la vérité et l'expression de la beauté, écartelé entre la sainteté et l'esthétique, les discordances ne sont pas rares. Mais, il faut travailler à la réconciliation de ces deux expériences. Et, vous le savez mieux que quiconque, la quête obstinée et patiente de l'artiste véritable, son humble obéissance à la recherche de l'insaisissable et de l'indivisible, l'usure indéfinie des forces et l'incertitude du résultat trouvent comme analogie la montée du mystique qui veut obéir à l'obscure lumière que lui donne le Seigneur et Rédempteur de tous. L'obstination de cet artiste-là n'a de comparable que la patience de celui qui prie, contemple et médite.

C'est pourquoi je me permets de remercier ici, en cette occasion, tous ceux et celles qui ont voulu contribuer à créer un comité dont j'attends beaucoup. Son nom est un programme : Art, Culture et Foi.

Il voudrait faire se rejoindre les chemins de la recherche de Dieu et ceux du service du Beau. De la sorte, puisse la vraie liberté de l'artiste qui grandit à l'école de la purifi­cation, puisse le vrai désintéressement d'un peuple qui reconnaît un don de Dieu dans les grâces données aux serviteurs de l'art et du Beau, se rencontrer et contribuer à ce que notre terre exprime cette Beauté invisible et secrète que nos yeux, un jour, contempleront, et que nos oreilles, un jour, entendront. Déjà, les chants célestes plus beaux que tout autre chant en ce monde, associent à leur union dans l'Eucharistie tous les chants du monde par nos voix : "una voce dicentes...".

Que le Seigneur de gloire vous bénisse, Maître, lui qui vous a fait la grâce de le servir et de servir son Peuple par votre art.

Cardinal Jean-Marie Lustiger
Notre-Dame de Paris, le 28 mars 1989

lundi 15 février 2010

Insolite : "Dieu parmi nous" interprété à l'accordéon par Artem Nyzhnyk !

Comme vous avez pu le constater, cela fait un moment que je n'ai rien publié, faute de temps. Mais je suis en train de peaufiner quelque chose d'assez... grandiose; mais je n'en dis pas plus ! En attendant, voici une interprétation surprenante de Dieu parmi nous (La Nativité).


Artem Nyzhnyk est un talentueux accordéoniste, compositeur et enseignant, né en Ukraine. Son instrument, l'accordéon chromatique (en russe, "bayan") dont la particularité est qu'une touche produit la même note en tirant ou en poussant le soufflet selon un système uni-sonore, permet d'aborder tous types de musiques de l'époque baroque à nos jours en passant par la musique traditionnelle, la musique classique, la musique contemporaine, mais aussi le musette.

CC.

vendredi 22 janvier 2010

L'introduction au "Mana" d'André Jolivet, par Olivier Messiaen.

Lors de son départ définitif pour les États-Unis en 1933, Edgard Varèse offre à André Jolivet, son disciple et ami, six objets fétiches : "Beaujolais", un pantin articulé de bois et de cuivre; "L'Oiseau", une sculpture d'Alexandre Calder; "La Princesse de Bali", une poupée en paille; "La Chèvre", une figurine en paille; "La Vache", une autre sculpture d'Alexandre Calder; "Pégase", un cheval en raphia. Ceux-ci lui inspireront la composition de Mana (1935), œuvre de maturité, puissante et originale. De cette même époque datent les premières rencontres avec Olivier Messiaen qui déclarait son admiration pour ce compositeur d'avant-garde en ces termes : "Monsieur, vous écrivez la musique que je voudrais écrire. Il faut absolument que nous fassions connaissance". Avec cette générosité de langage que nous affectionnons tant, Olivier Messiaen rédigera plus tard une introduction enthousiaste et fameuse à cette suite de six petites pièces pour piano (Éditions Costallat, Paris, 1946). En voici deux extraits.

Le "Mana" désigne dans les sociétés primitives "cette force qui nous prolonge dans nos fétiches familiers". Il s'agit donc de peindre en quelques pièces de piano, six petits objets, figurines de cheminée en fil de fer, en paille, ou en cuivre, donnés par Varèse à Jolivet, ou plutôt il s'agit de peindre le fluide contenu dans ces objets et transmis par eux.

Olivier Messiaen décrit ensuite le style et les techniques musicales utilisées avant d'analyser chaque pièce en détail jusqu'à celle qui nous intéresse le plus.

Et voici le dernier personnage :
"PEGASE" - le cheval ailé. Cette pièce est admirable. C'est la plus noble, la plus haute, la plus personnelle que Jolivet ait jamais écrite. Deux thèmes se partagent l'exposition. Le premier, rythmique (piaffements d'impatience), le deuxième, mélodique (envol éperdu vers des sommets difficiles). Milieu sur un troisième thème (sorte de danse hiératique qui rappelle les sonorités glissantes des ondes Martenot). Reprise des deux premiers thèmes. Développement des thèmes 2 et 3. Exaspération terrible du thème 2, parti à la conquête du ciel; plein d'espoir et d'angoisse, il bat de l'aile au vitrage des invisibles; il flaire, il voit, il touche presque le but immatériel qui prolonge son âme ! Puis, plus rien. La chute d'un corps.


Ce texte plein de poésie laisse déjà apparaître certains éléments constitutifs d'une symbolique spirituelle et chrétienne de l'oiseau chez Olivier Messiaen ! Nous en tracerons les grandes lignes dans un prochain article...

CC.

vendredi 25 décembre 2009

Les Visions d'Olivier Messiaen, par Siglind Bruhn.

Les Visions d'Olivier Messiaen, par Siglind BruhnCe livre cherche à montrer comment la foi profonde d'Olivier Messiaen se traduit dans son langage musical. L'auteur (Siglind Bruhn) commente l'environnement religieux d'Olivier Messiaen ainsi que les composants de son vocabulaire musical si personnel et leurs rôles comme signifiants de l'ineffable, avant d'avancer une analyse herméneutique approfondie de deux cycles fondamentaux, les Visions de l'Amen pour deux pianos de 1943 et les Vingt Regards sur l'Enfant Jésus pour piano seul de 1944. En liant une analyse détaillée du matériau thématique, de la structure et de la fonction de la pièce dans la totalité du cycle, à une interprétation des images et des textes employés par le compositeur, l'examen de chaque mouvement éclaircit l'étendue extraordinaire et la richesse conceptuelle de la musique d'Olivier Messiaen.

Disponible chez l'éditeur, L'Harmattan (format papier ou numérique), 21 bis rue des Ecoles dans le Vème arrondissement de Paris, à deux pas de l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet (square Paul-Langevin). Il est possible d'avoir un aperçu du livre (éléments sous droits d'auteur) à cette adresse Google livres.

Siglind Bruhn, musicologue allemande, travaille depuis 1993 comme chercheur permanent à l'Institut des sciences humaines de l'université du Michigan aux États-Unis; Membre élue de l'Académie européenne des sciences et des arts depuis 2001 et docteur honoris causa, elle est l'auteur de nombreux articles et de dix-sept livres traitant de diverses questions herméneutiques et inter-artistiques dans la musique du XXème siècle. La page personnelle de Siglind Bruhn sur le site de l'université du Michigan.

Source : quatrième de couverture du livre.

Une étude passionnante et très bien réalisée, illustrée par de nombreux exemples musicaux, à consulter si possible avec la partition en mains (cela reste recommandé, d'une façon générale).
Seule petite réserve évoquée par l'auteur elle-même dans une note liminaire, le fait qu'un catholique français profondément pieux et une allemande élevée dans un protestantisme plutôt tiède ne devraient avoir a priori que peu de concepts théologiques à partager; en dehors du cadre strictement scientifique dans lequel s'exerce la musicologie, il est certain qu'une authentique foi catholique respectueuse de la Tradition de l'Église, enrichie par un enseignement catéchistique de base, voire une véritable formation théologique dispensée par des personnes à la doctrine fiable, ne pourront qu'être "un plus" pour l'intelligence du discours religieux d'Olivier Messiaen.

CC.